Dr Federoff - Avis Médical Indépendant

État État de stress post-traumatique
Date de production 19 août 2013
Nom du médecin Dr Federoff, M.D., DABPN(P), FRCPC

La présente lettre est écrite en réponse à votre lettre datée du 24 juin 2013, dans laquelle vous sollicitez un avis médical indépendant sur plusieurs questions précises. Il convient de noter que je n’ai pas eu l’occasion d’examiner l’appelant en personne. Les autres limites ayant influencé mes opinions sont décrites plus loin dans ce rapport.

QUALIFICATIONS PROFESSIONNELLES DE L’EXAMINATEUR

Médecin diplômé (M.D.) de l’Ontario avec un certificat de spécialisation en psychiatrie (FRCPC), j’ai effectué un Fellowship de spécialité secondaire en neuropsychiatrie au Johns Hopskins Hospital et une spécialité secondaire en psychiatrie légale au département de psychiatrie de l’Université de Toronto, alors appelé « Clarke Institute of Psychiatry ». Il faut souligner que je n’ai pas tenté d’obtenir l’accréditation de la Board Certification in Neuropsychiatry (non offerte au Canada) ni l’accréditation en psychiatrie légale (pour laquelle le premier examen d’aptitude aura lieu en septembre 2013). Mes principaux domaines de pratique clinique et de recherche sont l’évaluation et le traitement des paraphilies (ce qui n’est pas pertinent dans le cas présent). Toutefois, j’ai été reconnu par les tribunaux comme un témoin expert en neuropsychiatrie, et j’ai effectué des examens médicaux indépendants dans le cadre de ma profession de psychiatre. Mes qualifications et mon expertise complètes sont décrites dans mon curriculum vitae, que vous trouverez ci-joint. L’appelant n’a jamais été mon patient, et je ne l’ai jamais rencontré.

Haut de la page

ÉNONCÉ DE CONFIDENTIALITÉ

Les opinions exprimées dans la présente lettre sont basées sur mon examen des documents qui m’ont été fournis exclusivement par Mme Kell. Ces documents ont été conservés sous clé et ont tous été retournés à la demande de Mme Kell. J’ai laissé quelques notes sur les documents, mais je tiens à préciser que les extraits en surbrillance et les annotations visibles ne sont pas tous de ma main. Je n’ai fait aucune copie des documents qui m’ont été transmis.

Haut de la page

LIMITES DE L’ÉVALUATION

Toutes les évaluations psychiatriques comportent des limites particulières. Les suivantes sont, à mon avis, celles que l’on doit garder à l’esprit à la lecture de la présente lettre :

  1. Ce rapport est fondé sur les renseignements fournis par Mme Kell. Elle est la seule personne avec laquelle j’ai communiqué, et je me suis fié à elle pour qu’elle me transmette tout document significatif.
  2. Comme je n’ai pas pu examiner l’appelant en personne, je suis incapable d’émettre mon propre diagnostic. J’avais proposé de le rencontrer, mais mon offre a été refusée.
  3. Je suis psychiatre et médecin. Je ne suis pas un expert en oncologie, en neurologie ou en toxicologie. Par conséquent, je ne suis pas en mesure de fournir une opinion d’expert sur les questions qui nécessitent des connaissances spécialisées dans ces trois domaines.
  4. Je n’ai interrogé aucun membre de la famille, ami, employeur, voisin ou membre du corps d’armée de l’appelant.
  5. Qui plus est, je n’ai interrogé personne ayant une connaissance directe de la violence que l’appelant dit avoir subie pendant son service militaire. La raison est qu’aucune personne de cette nature n’a été identifiée.
  6. Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner ou de recommander des tests psychologiques ou neuropsychiatriques (autres que ceux fournis dans la documentation transmise). Je dois souligner que j’ai recommandé qu’un neuropsychologue étudie les documents et offre son avis sur les examens et les tests qui pourraient servir. J’ai fourni le nom d’un neuropsychologue en ajoutant que je serais ravi de porter un regard critique sur les opinions de tout neuropsychologue qualifié choisi par l’une ou l’autre des parties intéressées dans le cas présent.

Haut de la page

SOURCES D’INFORMATION

  1. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Dossier sur le trouble dépressif majeur : Énoncé de cas. » Tribunal des anciens combattants (révision et appel), 19/06/2013. Les pages de ce document sont numérotées de manière séquentielle comme suit : 1-42 (inclus) 54-59 (inclus), 5, 61-69, 6, 71 79 (inclus), 7, 81-83 (inclus), 8, 91-99 (inclus), 9, 1-10, 211-214 (inclus).
  2. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Dossier sur le ganglioneurome du cervelet : Énoncé de cas. » Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Les pages de ce document sont numérotées de manière séquentielle comme suit : 1 50 (inclus), page 51 incluse mais non numérotée, 52-52, page non numérotée, 55-252 (inclus).
  3. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Rapports médicaux et psychologiques. » Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Les pages de ce document sont numérotées de manière séquentielle comme suit : 4-10 (inclus), 78 79, 13 28 (inclus), page non numérotée, 31-239 (inclus), page non numérotée, 240 292 (inclus).
  4. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Dossier sur l’ESPT : Énoncé de cas. » La numérotation des pages de cette reliure est très incohérente, probablement parce que la majorité du contenu consiste en des copies de la documentation provenant des autres reliures.
  5. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Dossier sur l’ESPT : Supplément à l’énoncé de cas (partie 1). »
  6. Une reliure à feuilles mobiles intitulée « Dossier sur l’ESPT : Supplément à l’énoncé de cas (partie 2). »
  7. Un document signé par E. A. Giraldeau, daté du 17 janvier 2012, concernant une téléconférence tenue ce jour-là.
  8. Des copies en papier d’un extrait du site Web Forces.ca décrivant les « exigences de l’instruction de base ».

Selon la lettre datée du 24 juin 2013 envoyée par Mme Kell, ces documents forment « l’ensemble des documents faisant partie du dossier d’appel de l’appelant pour l’état de stress post-traumatique (ESPT), ainsi que les dossiers concernant les demandes de prestation d’invalidité pour le trouble dépressif majeur (TDM) et le ganglioneurome du cervelet (opéré) qui y sont liés. »

Dans sa lettre, Mme Kell déclare explicitement qu’aucun examen médical indépendant ou test neuropsychologique n’est requis par le Tribunal (comité d’appel du Tribunal des anciens combattants [révision et appel]), car cette option avait été proposée à l’appelant mais sera finalement rejetée sur la base de l’opinion du psychologue traitant de l’appelant. »

Soit dit en passant, je ne suis pas certain de l’identité du psychologue traitant de l’appelant. Je présume qu’il ne s’agit pas du Dr Vandersteen étant donné que ses rapports semblent avoir été acceptés en tant que rapports indépendants.

Haut de la page

QUESTIONS D’AIGUILLAGE

Les questions suivantes sont celles que m’a posées Mme Kell dans sa lettre datée du 24 juin 2013.

  1. Est-il possible qu’une partie ou que la totalité des symptômes ayant mené au diagnostic d’ESPT (et de trouble dépressif majeur) soit le résultat ou la séquelle de l’intervention chirurgicale pratiquée en 2002 pour retirer la tumeur cérébrale?
    Plus précisément :
  2. Dispose-t-on d’une base crédible pour lier ou attribuer le diagnostic d’ESPT établi en 2011 aux trois ans de service militaire de l’appelant, de 1964 à 1967?
    Plus précisément :
    • À votre avis, la participation à l’instruction de base, qui comprend l’entraînement physique, la formation sur le maniement des armes et l’entraînement au combat de base, satisfait-elle aux critères du DSM IV relatifs à l’ESPT, selon lequel la personne doit être exposée à un agent stressant extrême ou à un événement traumatique extrême impliquant la mort ou une menace de mort, ou à un risque de blessure grave pour soi ou les autres?
    • Compte tenu des faits du cas relativement à la nature du service militaire de l’appelant de 1964 à 1967, au schéma d’apparition de ses symptômes et au moment du diagnostic d’ESPT en 2011, est-il vraisemblable ou probable que les troubles mentaux de l’appelant aient été causés par des événements ou des expériences traumatiques non liés à son service militaire?
    • De quelle façon la détérioration de la mémoire ou des capacités cognitives de l’appelant pourrait-elle affecter sa capacité à se rappeler avec fiabilité et précision les expériences ou les événements traumatiques survenus dans le passé? Y a-t-il certains protocoles ou tests qui devraient être exécutés par un professionnel médical ou un spécialiste de la santé mentale afin de dépister ou de déterminer d’autres causes ou événements qui pourraient jouer un rôle dans le développement d’un trouble mental tel que l’ESPT?
  3. Quel est le lien entre l’ESPT et le TDM de l’appelant? Même si chacun constitue un trouble mental distinct dans le DSM IV, correspondent-ils à la même invalidité ou déficience médicale au final? Certains symptômes de ces deux troubles se recoupent-ils?
  4. Est-il probable que l’ESPT et le TDM de l’appelant aient été présents, mais non détectés, au moment de l’évaluation et du traitement du gangliogliome en 2002?

Avant de répondre à ces questions, je vais brièvement passer en revue les données sur lesquelles mon opinion est partiellement fondée.

Haut de la page

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Dans sa lettre du 24 juin 2013, Mme Kell fournissait un résumé succinct du contexte des troubles :

« L’appelant a servi dans les Forces canadiennes pendant trois ans, de 1964 à 1967, en tant que technicien d’équipement. En 2011, son psychologue traitant lui a diagnostiqué l’ESPT et le trouble dépressif majeur (TDM). Le psychologue attribuait les deux troubles à des événements survenus au cours des trois ans de service militaire de l’appelant. Il indiquait que son opinion était fondée sur les souvenirs rapportés par l’appelant lors d’une séance. Les souvenirs que l’appelant avait des événements traumatiques déclencheurs de ses troubles mentaux, a-t-il confié à son psychologue, étaient axés principalement sur l’instruction de base et les exercices d’entraînement au combat; l’appelant affirmait que ces derniers avait été traumatisants et difficiles pour lui.

La documentation relative au service militaire de l’appelant ne contient pas d’indication que ce dernier, au cours des trois ans de son service militaire, de 1964 à 1967, aurait assisté de près à un incident où, en toute objectivité, sa vie aurait été menacée, ni qu’il aurait été exposé à des événements hors du commun ou catastrophiques. Il n’y a aucune mention d’une formation dans les Forces d’opérations spéciales. Il n’existe apparemment pas non plus de trace écrite de signalements d’un problème médical ou psychologique ou de rapports faisant état de réactions aiguës précoces au stress ou des symptômes de l’ESPT, que ce soit dans le dossier médical de l’appelant au sein du ministère de la Défense nationale (MDN) ou dans les dossiers du personnel militaire datant de son service militaire.

Dans la période suivant sa libération, deux épisodes d’anxiété et de dépression sont inscrits dans le dossier médical tenu par le médecin de famille de l’appelant. Le premier événement remonte au début des années 1980. Un épisode ultérieur de plus longue durée est décrit vers le milieu des années 1990 et semble coïncider avec la faillite d’une entreprise.

Des mentions de dépression et de troubles psychiatriques apparaissent plus fréquemment dans son dossier médical à partir de 2001, puis l’année suivante, après que l’appelant ait subi l’excision d’une tumeur cérébrale dans la région du cervelet en 2002. C’est en mars 2002 que l’appelant reçoit son diagnostic de tumeur cérébrale (gangliogliome). Après la résection de la tumeur, l’appelant s’est retrouvé avec une déficience neurologique et cognitive résiduelle.

Les évaluations post-opératoires effectuées dans les années suivant l’opération chirurgicale (soit à partir de 2003) ont permis de conclure que les capacités cognitives et l’aptitude à résoudre des problèmes de l’appelant étaient légèrement déficientes, tandis que sa mémoire se retrouvait à la limite de l’invalidité. Une atteinte de l’équilibre et de la motricité a également été relevée. Il n’y a pas eu d’évaluation médicale récente pour confirmer le fonctionnement ou la déficience neuropsychologique de l’appelant. Cependant, le psychologue de l’appelant a effectué des tests et constaté une déficience grave dans plusieurs secteurs du fonctionnement de l’appelant. »

Mme Kell a également précisé les questions sur lesquelles se concentrer, comme suit :

« Il ressort clairement de la preuve que l’appelant souffre de troubles mentaux. L’enjeu médico-légal fondamental qui requiert votre opinion d’expert est la détermination de la cause de la déficience psychiatrique de l’appelant, plus particulièrement la possibilité que cette déficience ait été causée par son service militaire. » [traduction]

Dans une note en bas de page, Mme Kell indiquait que la question de la déficience psychiatrique comme conséquence de la tumeur cérébrale (gangliogliome) de l’appelant a déjà été résolue, et ne constitue pas un enjeu dans le cadre du présent rapport.

Haut de la page

RÉSUMÉ DES RENSEIGNEMENTS COLLATÉRAUX

Dans le tableau ci-dessous, je cite quelques événements ou commentaires qui m’ont aidé à composer la présente lettre. Ce tableau ne doit pas être perçu comme un sommaire exhaustif des documents que j’ai examinés. Je n’appuie pas nécessairement tous les commentaires qui y figurent. Les références dans la colonne « Source » correspondent aux trois reliures à feuilles mobiles contenant les documents qui m’ont été fournis et que j’ai décrits au début du présent rapport (souvent, la même référence se trouve à plusieurs endroits, et les références ne sont pas toutes énumérées). Les lecteurs doivent vérifier par eux-mêmes que les citations sont exactes et noter la source de l’information (dans certains cas le point est cité dans un autre document, et la validité de la source varie). De plus, plusieurs des documents sources étaient rédigés à la main ou étaient des photocopies, de sorte qu’il était difficile d’être certain de ce qui y était écrit.

Date Événement/point Conséquence Source
1944 Naissance Aucun problème signalé  
Nov. 1963 – janv. 1967 Service militaire au Canada À déterminer Dossier sur le TDM, p. 11
Dossier sur le ganglio-neurome, p. 213
Nov. 1963 « Quand je me suis enrôlé dans les Forces armées canadiennes, j’ai passé un examen médical complet et on m’a déclaré en santé et en forme. »   Dossier sur le ganglio-neurome, p. 141
20 nov. 1963 Examen physique des Forces canadiennes Rapport rempli par l’appelant; en réponse à la question « Avez-vous déjà souffert d’un trouble nerveux ou d’une dépression nerveuse? », il a dit « Non » Dossier sur le ganglio-neurome, p. 17
Années 1970 Traumatisme crânien Vision double Méd/Psych
p. 218
Oct. 1978 – janv. 1990 Service volontaire de la GRC   Dossier sur le TDM, p. 11
7 avril 1982 Note du médecin : « nerveux » Prescription de Valium Méd/Psych
p. 238
3 déc. 2015 Note du médecin : « nerveux » Prescription de Valium Méd/Psych
p. 235
31 oct. 1994 « Insomnie + dépression » Prescription de Prozac Méd/Psych
p. 224
15 mai 1995 « Difficultés financières » Prescription de Valium Méd/Psych
p. 222
22 févr. 1996 « Déprimé » Congé autorisé pour une durée indéterminée Méd/Psych
p. 220
1 mars 2002 « Ataxie cérébelleuse » Tests Méd/Psych
p. 199
5 mars 2002 « Hydrocéphalie non communicante »   Méd/Psych
p. 197
Mars 2002 « Tumeur du cervelet » « Chute avec perte de conscience il y a un an » Méd/Psych
p. 196
26 mars 2002 « Embolie pulmonaire massive » « Amélioration graduelle des capacités physiques et cognitives » Méd/Psych
p. 170
2 mai 2002 Chirurgie du cerveau Exérèse de la tumeur Méd/Psych
p. 193
20 janv. 2003 « Inquiet au sujet de sa capacité à satisfaire aux exigences pour les prestations d’invalidité »   Méd/Psych
p. 144
13 févr. 2003 « Dysfonction du cervelet » Candidat pour l’invalidité de longue durée Méd/Psych
p. 140
19 août 2008 « L’appelant aura certainement des troubles visuels et d’équilibre à long terme des suites de sa tumeur cérébrale. Il est difficile de savoir si c’est la tumeur ou l’opération qui est en cause, mais cette personne aura des problèmes d’équilibre pour le reste de sa vie. » Lettre au Bureau de services juridiques des pensions par V. Mehta, M.D Dossier sur le ganglio-neurome, p. 122
28 oct. 2008 « Il a cessé de travailler… il a fini par être considéré en état d’invalidité permanente pour cause d’anxiété et de dépression. » Il a présenté une demande de pension d’invalidité, mais « le ministre des Anciens Combattants l’a rejetée au motif qu’il n’y avait aucune preuve démontrant que son invalidité était rattachée directement à son service au sein de la GRC, et que son état était plutôt causé par la situation de sa femme. » (Sa femme est « devenue victime de harcèlement psychologique soutenu… action judiciaire intentée contre la GRC en 2003, et cela a été rapporté dans les médias. » Dossier sur le ganglio-neurome, p. 148
23 mars 2004 Autorisation de sortie de l’unité de réadaptation Capable de pratiquer la danse de salon Méd/Psych
p. 115
31 mars 2004 « Déficits cognitifs » « … des suites de ses lésions au cerveau ». Méd/Psych
p. 114
31 mars 2004 « …inemployable en raison des déficits neurologiques secondaires à sa tumeur cérébrale … son état ne changera pas »   Dossier sur le ganglio-neurome, p. 229
6 févr. 2007 Demande de pension d’invalidité pour « la vision double, l’engourdissement à la main droite, la faible dextérité de la main et du bras droits, la douleur à la jambe et à la fesse gauches, le mauvais équilibre, la démarche croche, la perte de mémoire, la confusion, l’irritabilité, le fait de se fatiguer facilement et les troubles de l’élocution » Le Ministère a lié les demandes à un « événement unique, soit la chirurgie pratiquée sur l’appelant pour retirer sa tumeur cérébrale » Dossier sur le ganglio-neurome, p. 213
11 avril 2007 Aucune preuve de croissance d’une tumeur Autorisation de sortie du CCI Méd/Psych
p. 86
31 oct. Discussion sur l’agent Orange en 1964-1965   Méd/Psych
p. 83
2011 Commentaire de la gestionnaire d’une taverne : elle lui rappelle son père qui était atteint de l’ESPT « C’est à ce moment que j’ai appris que ce que je croyais être du stress et une dépression était en fait l’ESPT et le TDM. » Dossier sur l’ESPT : pièces jointes, appel, initiales du client, 6e rapport, p. 6 (3 de 3 dans la note)
12 avril 2011 Anxieux, mais « pas de crises de panique »   Méd/Psych
p. 25
29 juin 2011 Demande de pension d’invalidité pour l’ESPT rejetée   Dossier sur l’ESPT, p. 45
17 août 2011 Évaluation par le Dr Vandersteen, Ph.D. ESPT dû à la « formation dans les Forces spéciales » Méd/Psych
p. 19
27 sept. 2011 Demande de pension d’invalidité pour le TDM rejetée   Dossier sur le TDM : 1
6 mai 2012 Réévaluation par le Dr Vandersteen, Ph.D.

(coût des tests annulé, à ses frais)
(dossier sur le TDM, p. 93)
MMPI : « non valide »; PAI : « signalement abusif de plaintes et de problèmes »

PAR : « délires, idées de référence et mégalomanie peuvent être présentes »
« trouble de la pensée… risque de suicide »
Méd/Psych
p. 16

p. 17

p. 18
10 mai 2012 Réévaluation par le Dr Vandersteen, Ph.D. Dépression majeure, « idéation suicidaire », « trouble de la pensée » Méd/Psych
p. 78-79
7 janv. 2012
(À noter : les documents de cette section ne sont pas numérotés de façon consécutive)
« Aucune plainte concernant un quelconque problème relatif à la dépression pendant le service militaire de l’appelant… absence de preuve objective d’une blessure liée au service » Diagnostic de « trouble dépressif majeur reçu en avril 2011, mais aucun lien avec le service militaire n’a pu être établi. »

« Un gestionnaire de cas d’ACC l’a informée être consciente que l’appelant était engagé dans une relation thérapeutique avec le Dr Vandersteen, pour ses troubles psychologiques et psychiatriques. »
Dossier sur le TDM, p. 7

Dossier sur le TDM, p. 83

Haut de la page

RÉPONSES AUX QUESTIONS D’AIGUILLAGE

Afin de mieux répondre aux questions recopiées ci-dessous, je fournirai d’abord une copie des critères relatifs à l’ESPT décrits dans le DSM-5. Je souligne que d’autres observateurs ont naturellement utilisé des versions antérieures du DSM (étant donné que le DSM 5 n’est disponible que depuis mai 2013). Voici les critères de diagnostic révisés du DSM 5, publiés par l’American Psychiatric Association (2013).

État de stress post-traumatique

  • Exposition à la mort ou à une menace de mort, à une blessure grave ou encore à une agression sexuelle d’une (ou plusieurs) des manières suivantes :
    1. Vivre directement l’événement traumatisant.
    2. Être témoin, en personne, de l’événement qui est arrivé à quelqu’un d’autre.
    3. Apprendre qu’un membre de sa famille ou un ami proche a été victime de l’événement traumatisant. Dans les cas de la mort d’un membre de la famille ou d’un ami, ou d’une menace de mort à l’égard de ces personnes, l’événement doit avoir été violent ou accidentel.
    4. Être exposé de manière répétée ou extrême à des détails horrifiants d’un événement traumatisant (p. ex., premiers intervenants ramassant des restes humains, agents de police qui entendent de manière répétée des détails concernant des violences faites à des enfants).
    Remarque: Le critère A4 ne s’applique pas à l’exposition par des médias électroniques, la télévision, des films ou des photos, sauf si cela est lié au travail.
  • Présence d’au moins un des symptômes d’intrusion suivants associés à l’événement traumatisant, qui sont apparus après que l’événement traumatisant s’est produit :
    1. Souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants de l’événement traumatisant.
    2. Rêves récurrents dont le contenu ou les émotions, ou les deux, sont liés à l’événement et qui provoquent un sentiment de détresse.
    3. Réactions dissociatives (p. ex. rappels d’image) au cours desquelles la personne se sent ou agit comme si l’événement traumatisant se reproduisait. (Ces réactions peuvent survenir à différents niveaux, la réaction la plus intense étant la perte de conscience de l’environnement actuel).
    4. Sentiment intense ou prolongé de détresse psychique lors de l’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’événement traumatisant.
    5. Réactivité physiologique marquée lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l’événement traumatisant.
  • Évitement persistant des stimuli associés à l’événement traumatisant, ayant débuté après que celui-ci s’est produit, comme l’indique au moins un des symptômes suivants :
    1. Évitement ou tentative d’évitement des souvenirs, pensées ou sentiments pénibles relatifs à l’événement traumatisant ou qui y sont étroitement associés.
    2. Évitement ou tentative d’évitement des rappels externes (gens, endroits, conversations, activités, objets, situations) qui ramènent à l’esprit des souvenirs, pensées ou sentiments pénibles relatifs à l’événement traumatisant ou qui y sont étroitement associés.
  • Perturbations négatives sur la cognition et l’humeur associées à l’événement traumatisant, qui ont commencé ou ont empiré après que l’événement traumatisant s’est produit, comme l’indiquent au moins deux des symptômes suivants :
    1. Incapacité à se souvenir d’éléments importants du traumatisme (typiquement attribuable à une amnésie dissociative et pas à d’autres facteurs comme une blessure à la tête, ou la consommation d’alcool ou de drogues).
    2. Croyances ou attentes négatives, à propos de soi-même, d’autrui ou du monde, persistantes et exagérées (p. ex., « Je suis une mauvaise personne », « On ne peut faire confiance à personne », « Le monde est un endroit tout à fait dangereux », « Tout mon système nerveux est détruit de façon permanente ».
    3. Idées déformées persistantes concernant la cause ou les conséquences de l’événement traumatisant qui poussent la personne à se blâmer ou à blâmer autrui.
    4. État émotionnel négatif persistant (p. ex. peur, horreur, colère, culpabilité, ou honte).
    5. Réduction nette de l’intérêt pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités.
    6. Sentiments de détachement ou de marginalisation par rapport aux autres.
    7. Incapacité persistante de ressentir des émotions positives (p. ex. incapacité d’éprouver des sentiments de bonheur, de satisfaction ou d’affection).
  • Profondes modifications de l’état d’éveil et de la réactivité associées à l’événement traumatisant, qui ont commencé ou ont empiré après que l’événement traumatisant s’est produit, comme l’indiquent au moins deux des symptômes suivants :
    1. Irritabilité et accès de colère (avec peu ou pas de provocation) qui s’exprime typiquement sous forme d’agression verbale ou physique envers des gens ou des objets.
    2. Comportement irresponsable ou destructeur.
    3. Hyperéveil.
    4. Étonnement démesuré.
    5. Problèmes de concentration.
    6. Troubles du sommeil (p. ex. difficulté à s’endormir ou à rester endormi ou sommeil agité).
  • La perturbation (les symptômes décrits aux critères B, C, D et E) dure plus d’un mois.
  • La perturbation entraîne, sur le plan clinique, une détresse ou une incapacité importante dans les dimensions sociale, professionnelle, ou toute autre dimension importante du fonctionnement.
  • La perturbation n’est pas attribuable aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. médicament ou alcool) ou à une autre affection.

Précisez si :

Avec symptômes dissociatifs : Les symptômes de la personne satisfont aux critères d’état de stress post-traumatique et, de plus, en réaction à l’agent stressant, la personne présente les symptômes persistants ou récurrents de l’un ou l’autre des états suivants :

  1. Dépersonnalisation : Sentiment persistant ou récurrent d’une personne d’être détachée de ses propres processus mentaux ou de soi-même comme si elle ne faisait qu’observer (p. ex., sentiment de vivre dans un rêve, que son corps n’est pas réel ou que tout se passe au ralenti).
  2. Déréalisation : Sentiment persistant ou récurrent que l’environnement n’est pas réel (p. ex., le monde environnant ne semble pas réel, la personne a l’impression d’être dans un rêve, se sent distante ou détachée de soi). Remarque : Pour utiliser ce sous-type, les symptômes dissociatifs ne doivent pas être attribuables aux effets physiologiques d’une substance (p. ex., moments d’absence, comportement pendant une intoxication alcoolique) ou à une autre affection (p. ex., crises d’épilepsie partielles complexes).

Haut de la page

J’ai également inclus la liste des diagnostics différentiels recommandés dans le DSM 5. Les diagnostics différentiels de l’ESPT sont les troubles qui doivent être envisagés comme d’autres explications possibles aux symptômes de l’ESPT. Voici ceux qui sont indiqués dans le DSM 5 (2013). Cette liste n’est pas exhaustive.

A.
Diagnostic différentiel

Troubles d’adaptation :
Dans le trouble d’adaptation, l’agent stressant peut être de gravité ou de type variable, contrairement à la nature extrême requise au critère A de l’ESPT. Le diagnostic de trouble d’adaptation convient dans les situations où la réaction à un facteur de stress extrême ne correspond pas à tous les autres critères de l’état de stress post-traumatique (ou d’un autre trouble mental particulier). Il est aussi utilisé quand les symptômes caractéristiques de l’état de stress post-traumatique surviennent en réaction à un agent stressant qui n’est pas extrême (p. ex. départ du conjoint, congédiement).
Autres troubles et états post-traumatiques : Toutes les psychopathologies qui surviennent chez les personnes exposées à un agent stressant extrême ne doivent pas nécessairement être attribuées à l’état de stress post-traumatique. Ce diagnostic exige que l’exposition au traumatisme précède l’apparition ou l’exacerbation des symptômes pertinents. De plus, si la réponse symptomatique caractéristique à l’agent stressant extrême correspond aux critères pour un trouble mental, ce diagnostic doit être fait au lieu ou en plus de celui de l’état de stress post-traumatique. Les autres diagnostics et états sont exclus s’ils s’expliquent mieux par l’ESPT (p. ex., des symptômes de trouble panique qui surviennent seulement après l’exposition à ce qui peut rappeler l’événement traumatique). Si la réponse symptomatique caractéristique à l’agent stressant extrême est grave, elle peut justifier un diagnostic distinct (p. ex., amnésie dissociative).
État de stress aigu : Le trouble de stress aigu se distingue de l’état de stress post-traumatique parce que ses symptômes doivent survenir de trois jours à un mois après l’événement traumatisant.
Troubles anxieux et trouble obsessionnel-compulsif : Dans le trouble obsessionnel compulsif (TOC), il y a des pensées répétitives et envahissantes, mais elles répondent à la définition d’une obsession. De plus, les pensées intrusives ne sont pas liées à un événement traumatisant vécu, des compulsions sont habituellement présentes, et les autres symptômes de l’ESPT ou de l’état de stress aigu sont typiquement absents. Ni l’état d’éveil et les symptômes dissociatifs caractéristiques du trouble panique ni l’évitement, l’irritabilité et l’anxiété caractéristiques d’un trouble anxieux généralisé ne sont associés à un événement traumatisant particulier. Les symptômes du trouble anxiété de séparation sont clairement liés à la maison ou à la famille plutôt qu’à un événement traumatisant.
Trouble dépressif majeur : : Le trouble dépressif majeur peut être précédé ou non d’un événement traumatisant, et ce diagnostic devrait être établi si les autres symptômes de l’ESPT sont absents. Plus précisément, le trouble dépressif majeur ne comprend aucun symptôme des critères B et C de l’ESPT. Un certain nombre de symptômes des critères D et E manquent également.
Troubles de la personnalité : Les difficultés interpersonnelles apparues ou considérablement exacerbées après l’exposition à un événement traumatisant peuvent indiquer l’ESPT plutôt qu’un trouble de la personnalité, car dans le cas de ce trouble, les difficultés interpersonnelles sont présentes indépendamment d’une exposition à un événement traumatisant.
Troubles dissociatifs : L’amnésie dissociative, le trouble dissociatif de l’identité et le trouble de dépersonnalisation/déréalisation peuvent être précédés ou non d’un événement traumatisant, et peuvent être accompagnés ou non de symptômes concomitants de l’ESPT. Toutefois, quand tous les critères de l’ESPT sont également satisfaits, le sous-type d’ESPT « avec symptômes dissociatifs » devrait être envisagé.
Trouble de conversion (trouble de symptôme neurologique fonctionnel) : L’apparition récente de symptômes somatiques dans le contexte de la détresse post-traumatique peut être une indication de l’ESPT plutôt que du trouble de la conversion (trouble de symptôme neurologique fonctionnel).
Troubles psychotiques : Les épisodes dissociatifs (flash-backs) dans l’état de stress post-traumatique doivent être distingués des illusions, hallucinations et autres troubles de la perception qui peuvent survenir dans la schizophrénie, le trouble psychotique bref, les autres troubles psychotiques, les troubles de l’humeur (dépressif ou bipolaire) avec caractéristiques psychotiques, le délirium, les troubles liés à une substance ou à un médicament, et les troubles mentaux dus à une affection médicale générale.
Traumatisme craniocérébral : Quand une lésion cérébrale survient dans le contexte d’un événement traumatisant (p. ex. accident traumatisant, explosion d’une bombe, traumatisme d’accélération/décélération), des symptômes de l’ESPT peuvent apparaître. Un événement causant un traumatisme à la tête peut aussi constituer un événement traumatisant sur le plan psychologique, et les symptômes neurocognitifs relatifs à un traumatisme craniocérébral ne sont pas mutuellement exclusifs; ils peuvent survenir simultanément. Les symptômes auparavant appelés post-commotionnels (maux de tête, étourdissements, sensibilité à la lumière ou au son, irritabilité, déficit d’attention) peuvent se manifester chez les membres de la population présentant une lésion cérébrale ou non, y compris les personnes atteintes de l’ESPT. Étant donné que les symptômes de l’ESPT et les symptômes neurocognitifs liés au traumatisme craniocérébral peuvent se recouper, un diagnostic différentiel entre l’ESPT et les symptômes d’un trouble neurocognitif attribuables au traumatisme craniocérébral peut être possible en fonction de la présence des symptômes propres à chaque tableau clinique. Alors que le fait de revivre l’événement et l’évitement sont spécifiques à l’ESPT et non les effets d’un traumatisme craniocérébral, la désorientation et la confusion persistantes sont plus caractéristiques d’un traumatisme craniocérébral (effets neurocognitifs) que de l’ESPT. »

Haut de la page

Je tenterai maintenant de répondre aux questions dans l’ordre qu’elles ont été posées. Une fois de plus, j’aimerais souligner que, comme je n’ai pas pu examiner l’appelant, aucun de mes commentaires ne devrait être interprété comme une remarque à propos des diagnostics qui lui sont propres.

1. Est-il possible qu’une partie ou que la totalité des symptômes ayant mené au diagnostic d’ESPT (et de trouble dépressif majeur) soit le résultat ou la séquelle de l’intervention chirurgicale pratiquée en 2002 pour retirer la tumeur cérébrale?

Réponse : Les symptômes associés à la chirurgie crânienne ou au trouble dépressif majeur peuvent en effet être attribués à l’une ou l’autre de ces pathologies. Les diagnostics différentiels publiés dans le DSM 5 comprennent à la fois le « trouble dépressif majeur » et le « traumatisme craniocérébral » (voir ci-dessus). Par souci de donner une réponse complète, je dois préciser que ces pathologies peuvent également s’ajouter à l’ESPT.

2. Dispose-t-on d’une base crédible pour lier ou attribuer le diagnostic d’ESPT établi en 2011 aux trois ans de service militaire de l’appelant, de 1964 à 1967?

Plus précisément :

Haut de la page

Les dossiers médicaux de l’appelant signalent une déficience cognitive secondaire à la tumeur cérébrale et à l’intervention chirurgicale connexe. Cette déficience peut comprendre des troubles de la mémoire. Il existe un phénomène bien documenté appelé le syndrome des faux souvenirs, où une personne en vient à croire qu’elle se souvient d’un événement qui ne s’est jamais produit. Les écrits sur ce phénomène sont abondants. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas en mesure de dire si l’appelant est atteint ou non de ce syndrome, mais quelques indices suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une explication pour certains des problèmes rencontrés. Par exemple, l’appelant ne mentionne pas l’incident traumatisant qui, selon ses dires, serait survenu pendant qu’il suivait la formation des Forces spéciales (alors que certaines notes indiquent qu’il n’y a pas participé) avant qu’il ne soit évalué par le Dr Vandersteen en 2012. L’appelant écrit également qu’il ne savait pas ce qui clochait chez lui (dossier sur le TDM, p. 212). Si ses souvenirs des incidents traumatisants lui sont revenus en mémoire au cours d’une séance thérapeutique, il s’agirait d’une réaction caractéristique du phénomène constaté dans le syndrome des faux souvenirs.

À mon humble avis, je pense que l’appelant aurait avantage à se faire évaluer par un neuropsychologue qui pourrait effectuer des tests pour vérifier la présence des troubles énumérés dans la liste des diagnostics différentiels présentée ci-dessus, et plus particulièrement déterminer les forces et les déficits neuropsychologiques qui pourraient être attribués à sa tumeur cérébrale de même que sa sa réadaptation à ce jour. Je m’en remettrais à l’opinion d’un neuropsychologue pour la nature de ces tests, mais certains tests typiques, comme les batteries neuropsychologiques de Luria Nebraska ou de Halstead-Reitan, sont d’usage courant. J’ai remarqué que le Dr Vandersteen indiquait que les résultats de l’Inventaire multiphasique de personnalité du Minnesota (MMPI) de l’appelant étaient non valides, mais aucune explication n’est fournie sur la raison pour laquelle le MMPI produit par l’appelant a été déclaré non valide.

  • À votre avis, la participation à l’instruction de base, qui comprend l’entraînement physique, la formation sur le maniement des armes et l’entraînement au combat de base, satisfait-elle aux critères du DSM IV relatifs à l’ESPT, selon lequel la personne doit être exposée à un agent stressant extrême ou à un événement traumatique extrême impliquant la mort ou une menace de mort, ou à un risque de blessure grave pour soi ou les autres?
    1. Selon les critères du DSM 5, l’état de stress post-traumatique est un trouble causé par des « événements traumatiques directement vécus [qui] incluent mais ne sont pas limités à : l’exposition à la guerre en tant que combattant ou civil, les menaces d’agression ou les agressions physiques effectives (p. ex. agression physique, vol, vol avec violence, abus physique pendant l’enfance), les menaces ou violences sexuelles effectives (p. ex. pénétration sexuelle forcée, pénétration sexuelle sous l’emprise d’alcool ou de drogues, abus sexuel avec ou sans contact, trafic sexuel), le fait d’être enlevé, d’être pris en otage, les attaques terroristes, la torture, l’incarcération en tant que prisonnier de guerre, les catastrophes naturelles ou causées par l’homme et les accidents graves de la route. » (p. 324). Les événements décrits dans la question ne semblent pas appartenir à la même catégorie que ceux décrits dans les critères de l’ESPT. Bien que l’instruction de base et la formation dans les Forces spéciales soient sans aucun doute stressantes, il y a une différence qualitative entre le type de stress qui provoque l’ESPT et le type de stress enduré pendant l’entraînement militaire. En outre, le contexte du stress n’est pas le même dans les deux cas. Le stress à l’origine de l’ESPT est généralement imprévisible, d’une durée indéterminée, et ressenti en réaction à une situation perçue comme potentiellement mortelle. Selon les documents examinés, l’entraînement militaire au sein des Forces canadiennes ne présente aucune des caractéristiques du stress induisant l’ESPT. Par ailleurs, la participation à la formation du service militaire canadien est entièrement volontaire.
    2. L’instruction de base est conçue pour préparer les recrues aux exigences de la guerre. Elle vise donc notamment la diminution de leur vulnérabilité à l’ESPT. Il serait absurde qu’un programme de formation militaire induise l’ESPT chez ses propres soldats avant leur déploiement.
    3. La plupart des soldats qui complètent leur formation militaire ne sont pas atteints de l’ESPT.
  • Compte tenu des faits du cas relativement à la nature du service militaire de l’appelant de 1964 à 1967, au schéma d’apparition de ses symptômes et au moment du diagnostic d’ESPT en 2011, est-il vraisemblable ou probable que les troubles mentaux de l’appelant aient été causés par des événements ou des expériences traumatiques non liés à son service militaire?
    1. La nature exacte du ou des incidents traumatisants n’est pas révélée dans les documents fournis. Le Dr Vandersteen décrit certains aspects de la formation normale des Forces spéciales alors que l’appelant décrit une situation d’abus de la part d’un superviseur.
    2. Il n’y a pas de documentation indiquant l’existence de symptômes caractéristiques de l’ESPT ou de signalements à cet égard avant que les demandes de pension d’invalidité aux motifs de l’exposition à l’agent Orange, du trouble dépressif majeur et de séquelles du traitement réussi d’une tumeur cérébrale ne soient rejetées.
    3. La première mention d’anxiété ou de « nervosité » se trouve dans une note du médecin datée du 7avril 1982.
    4. De multiples événements documentés pourraient expliquer les symptômes décrits par l’appelant, notamment sa libération de l’armée, des événements traumatisants à la GRC, le divorce, le chômage, la tumeur cérébrale, l’embolie pulmonaire « massive », ainsi que le rejet continuel des demandes de pension d’invalidité.
  • De quelle façon la détérioration de la mémoire ou des capacités cognitives de l’appelant pourrait-elle affecter sa capacité à se rappeler avec fiabilité et précision les expériences ou les événements traumatiques survenus dans le passé? Y a-t-il certains protocoles ou tests qui devraient être exécutés par un professionnel médical ou un spécialiste de la santé mentale afin de dépister ou de déterminer d’autres causes ou événements qui pourraient jouer un rôle dans le développement d’un trouble mental tel que l’ESPT?

Haut de la page

1. Quel est le lien entre l’ESPT et le TDM de l’appelant?

Sans examiner l’appelant, je suis incapable de confirmer ou de réfuter quelque diagnostic que ce soit. Le trouble dépressif majeur figure dans les critères du DSM 5 en tant que trouble à envisager à titre de diagnostic différentiel ou de trouble concomitant lorsque le diagnostic d’ESPT est envisagé.

Même si chacun constitue un trouble mental distinct dans le DSM IV, correspondent-ils à la même invalidité ou déficience médicale au final?

Réponse : Non. Ce sont deux troubles distincts qui peuvent survenir simultanément ou séparément.

Certains symptômes de ces deux troubles se recoupent-ils?

Réponse : Oui.

Haut de la page

2. Est-il probable que l’ESPT et le TDM de l’appelant aient été présents, mais non détectés, au moment de l’évaluation et du traitement du gangliogliome en 2002?

Réponse : Malheureusement, la réponse est probablement « oui ». Les équipes de neurochirurgie sont hautement spécialisées et se concentrent sur l’exécution de procédures chirurgicales complexes le plus rapidement possible. Une enquête approfondie des problèmes psychiatriques possibles ne s’inscrirait pas dans la démarche habituelle. J’ai été quelque peu surpris de l’absence de données de référence et de tests de suivi concernant l’état neuropsychiatrique de l’appelant. Étant donné sa tendance à ne pas toujours divulguer ses problèmes dans leur ensemble (p. ex. les antécédents de violence qu’il a rapportés), même un examen psychiatrique pourrait ne pas avoir permis de détecter ces deux diagnostics. Ce problème est aggravé par la présence d’affections concomitantes pouvant camoufler les diagnostics, notamment une tumeur cérébrale et une « embolie pulmonaire massive ».

C’est ce qui complète mon examen de la documentation et mes réponses aux questions posées.

Comme dernier commentaire, je m’en voudrais de ne pas vous donner l’impression que je retiens de l’appelant après mon examen des divers documents et de ses propres écrits. Un thème important dans ses écrits est son sentiment de ne pas être entendu. Il révèle aussi son sentiment de ne pas être suffisamment reconnu pour le service qu’il a rendu à son pays au moyen de son service militaire et de son travail bénévole à la GRC. Il tient clairement les Forces armées canadiennes en haute estime. Il a été déclaré invalide à plusieurs occasions (voir le tableau ci-dessus) en raison de problèmes de santé documentés, en particulier sa tumeur cérébrale. À mon humble avis, quelle que soit la décision prise à l’audience, les contributions substantielles de l’appelant envers son pays et sa communauté devraient être reconnues. Il devrait également être encouragé à obtenir une évaluation indépendante et un traitement auprès d’un spécialiste de la santé mentale qui connaît bien les besoins particuliers des militaires présentant des troubles neuropsychiatriques, peu importe leur cause.

Haut de la page